Comment mieux coordonner les soins d’un patient suivi par plusieurs professionnels de santé, sans multiplier les démarches administratives ? C’est tout l’objectif des Équipes de soins coordonnées avec le patient (ESCAP), un dispositif qui permet aux professionnels de santé libéraux, dont les masseurs-kinésithérapeutes, de travailler ensemble autour des patients présentant des situations cliniques complexes.
Expérimenté depuis mars 2025 pour une durée de trois ans, ce dispositif vise à améliorer la communication entre les soignants, à fluidifier le parcours de soins et à renforcer la continuité de la prise en charge.
Alors, comment fonctionne l’ESCAP ? Quels patients sont concernés ? Et quelle rémunération est prévue pour les kinésithérapeutes ? On fait le point.
Les principales infos à retenir :
Les Équipes de Soins Coordonnées Avec le Patient (ESCAP) permettent aux professionnels de santé libéraux de mieux collaborer autour des patients présentant des situations cliniques complexes.
- 3 professionnels minimum, dont le médecin traitant, pour constituer une équipe.
- 4 situations cliniques concernées : polypathologies après 65 ans, diabète sous insuline, AVC récent et soins palliatifs.
- Une coordination simplifiée, sans obligation d’exercer dans une structure commune, grâce à un outil numérique sécurisé.
- Un patient au coeur de la consstitution de son équipe de soins.
Jusqu’à 200 € d’aides annuelles pour les professionnels participants, sous conditions.
Pour les kinés libéraux : une nouvelle façon de renforcer la continuité des soins et de valoriser leur rôle dans le parcours de santé des patients.
Qu'est-ce qu'une Équipe de soins coordonnée avec le patient (ESCAP) ?
L’ESCAP est un dispositif de coordination permettant à plusieurs professionnels de santé libéraux de s’organiser autour des besoins spécifiques d’un patient. Contrairement à certaines formes d’exercice coordonné, elle ne nécessite pas de créer une structure juridique commune ni d’exercer au sein d’une maison de santé.
Une ESCAP rassemble au minimum trois professionnels de santé, dont le médecin traitant identifié par le patient. Les autres membres sont également choisis par celui-ci, en fonction de ses besoins. L’équipe évolue selon l’état de santé du patient et les professionnels nécessaires à son accompagnement
L’une des particularités de l’ESCAP est que le patient participe directement au choix des professionnels de santé qui composent son équipe. Il peut notamment désigner les soignants qui l’accompagnent déjà au quotidien. Par exemple, si un patient bénéficie déjà du suivi d’une infirmière libérale, il peut tout à fait demander qu’elle intègre son ESCAP, aux côtés de son médecin traitant et de son kinésithérapeute.
L’objectif n’est donc pas de lui imposer de nouveaux professionnels, mais de faciliter la collaboration entre ceux qu’il connaît déjà, dans une démarche de coordination adaptée à ses besoins et à ses habitudes de soins.
L’ESCAP facilite le partage d’informations et organise des actions coordonnées entre les différents intervenants, grâce à un outil numérique sécurisé.
Quels patients peuvent bénéficier d'une ESCAP ?
L’expérimentation ESCAP concerne actuellement quatre situations cliniques précises :
- Les patients de plus de 65 ans présentant plusieurs pathologies chroniques, qui nécessitent l’intervention de différents professionnels de santé.
- Les patients diabétiques de type 1 ou 2 sous insuline, pour lesquels une coordination peut favoriser une meilleure prise en charge.
- Les patients ayant subi un AVC et ayant été hospitalisés il y a moins d’un an, notamment dans le cadre de leur rééducation et de leur retour à domicile.
Les patients bénéficiant de soins palliatifs, dont l’accompagnement implique souvent plusieurs intervenants.
L’éligibilité du patient est déterminée à l’aide d’une grille d’inclusion disponible dans l’application numérique utilisée pour constituer l’ESCAP.
Quel est le rôle du kinésithérapeute dans une ESCAP ?
En tant que kinésithérapeute libéral, vous êtes régulièrement amené à accompagner des patients dont le parcours de soins mobilise plusieurs professionnels. Dans le cadre d’une ESCAP, vous pouvez participer à la coordination, mais également être à l’initiative de sa création lorsque vous identifiez un besoin.
Un exemple concret : la rééducation après un AVC
Vous accompagnez un patient de retour à domicile après un accident vasculaire cérébral. Son médecin traitant assure son suivi médical, une infirmière intervient pour certains soins et vous prenez en charge sa rééducation fonctionnelle. Avec une ESCAP, ces professionnels échangent plus facilement sur l’évolution du patient, partagent les informations nécessaires et adaptent leurs interventions.
Cette organisation :
- facilite la communication entre les différents soignants.
- améliore le suivi du patient après son hospitalisation.
- adapte les interventions à l’évolution de son état de santé.
favorise la continuité des soins et le maintien à domicile.
L’ESCAP ne remplace donc pas les dispositifs de coordination existants. Elle propose une solution complémentaire, souple et centrée sur les besoins du patient.
Comment créer ou rejoindre une ESCAP ?
Un kinésithérapeute peut initier la création d’une ESCAP lorsqu’il identifie un patient dont la prise en charge nécessite une coordination renforcée. La démarche repose sur plusieurs étapes.
1. Vérifier l’éligibilité du patient
Le professionnel de santé complète une grille d’inclusion dans une application dédiée au dispositif ESCAP. Cette grille permet de vérifier que la situation clinique du patient correspond aux critères définis dans le cadre de l’expérimentation.
2. Constituer l’équipe de soins
Si le patient est éligible, les professionnels de santé préalablement désignés par celui-ci peuvent être contactés.
L’équipe doit compter au moins trois professionnels, dont le médecin traitant.
3. Organiser la coordination
Les membres de l’ESCAP échangent au moyen d’une application numérique sécurisée et interopérable.
Ils définissent avec le patient les actions à mener, le rôle de chacun et les éventuelles adaptations nécessaires au cours de sa prise en charge.
4. Tracer l’entrée dans le dispositif
La constitution de l’équipe nécessite l’utilisation du code traceur IEP, permettant de signaler l’entrée du patient dans une ESCAP. Le professionnel qui initie la grille d’inclusion est le premier à facturer ce code. Chaque professionnel membre utilise également ce code lors de sa première prise en charge après la constitution de l’équipe. L’ESCAP est officiellement reconnue par l’Assurance Maladie lorsque le code d’entrée a été facturé par au moins trois professionnels.
À la fin de la coordination, le code de sortie OEP permet de signaler la fin de l’ESCAP, selon les modalités prévues.
Quelles applications utiliser pour participer à une ESCAP ?
Pour créer une ESCAP et échanger avec les autres professionnels de santé, il est nécessaire d’utiliser une application numérique de coordination sécurisée. Celle-ci permet notamment de vérifier l’éligibilité du patient, de constituer l’équipe de soins et de faciliter le partage d’informations entre les différents intervenants.
Plusieurs solutions sont disponibles :
Citana : une application permettant de coordonner les professionnels autour du patient, avec un dossier partagé, une messagerie sécurisée et une grille d’inclusion ESCAP.
Globule : une solution accessible sur ordinateur et smartphone, qui facilite les échanges entre professionnels, le suivi des patients et l’organisation des parcours de soins.
Des outils régionaux peuvent également être utilisés :
- MonSisra en Auvergne-Rhône-Alpes.
- Norm’Uni en Normandie.
Paaco-Globule en Nouvelle-Aquitaine.
Bon à savoir : tous les professionnels participant à une même ESCAP doivent utiliser le même outil numérique pour assurer la coordination. Le choix de l’application dépend des solutions déjà utilisées par les professionnels de votre territoire.
Pour découvrir les applications disponibles et leurs modalités d’utilisation, consultez la liste des outils numériques ESCAP publiée par l’UNPS.
Quelle rémunération pour un kinésithérapeute participant à une ESCAP ?
Pour encourager les professionnels de santé à participer à cette expérimentation, l’Assurance Maladie prévoit deux aides forfaitaires annuelles.
- 100 € par an sont prévus dès le premier engagement dans une ESCAP, au titre de l’acquisition et de l’utilisation de l’outil numérique de coordination.
- 100 € supplémentaires par an peuvent être versés lorsque le professionnel participe à au moins cinq ESCAP.
Un kinésithérapeute peut ainsi bénéficier d’une aide annuelle totale de 200 €, sous réserve de respecter les conditions du dispositif. Ces aides sont versées l’année suivante, en N+1.
De plus si vous vous répondez aux 5 critères obligatoires du FAMI vous obtenez 100€ supplémentaire en déclarant cet exercice coordonné.
Cette valorisation vise à encourager la coordination entre les professionnels de santé, en tenant compte de leur engagement dans le suivi des patients concernés.
Les liens utiles
Un kinésithérapeute peut-il créer une ESCAP ?
Oui. Un kinésithérapeute libéral peut être à l’initiative d’une ESCAP lorsqu’il identifie un patient présentant un besoin de coordination. Le patient doit remplir les critères d’éligibilité, et l’équipe doit comprendre au moins trois professionnels de santé, dont le médecin traitant.
Faut-il exercer dans une maison de santé pour participer à une ESCAP ?
Non. L’ESCAP est une forme de coordination souple qui ne nécessite pas d’appartenir à une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) ou de créer une structure juridique commune.
Combien de professionnels faut-il pour constituer une ESCAP ?
Une ESCAP doit rassembler au minimum trois professionnels de santé. Le médecin traitant identifié par le patient doit obligatoirement en faire partie.
Combien peut rapporter une ESCAP à un kinésithérapeute ?
Le dispositif prévoit 100 € d’aide annuelle dès le premier engagement, puis 100 € supplémentaires si le professionnel participe à au moins cinq ESCAP. Le montant maximal de ces aides est donc de 200 € par an. Si vous répondez aux critères du FAMI vous obtenez 100€ supplémentaire pour exercice coordonné.
